Messagepar ciders » 24 Juillet 2010, 17:12
Un appareil méconnu, dans l'ombre de ses illustres aînés, mais qui pourrait renaître bientôt.

Dans l'ordre, le S-211 puis son neveu, le M-311.

...

Dans les années 1970, l'Italie possédait une place notable parmi les fournisseurs d'avions de combat et d'entraînement dans le monde. Aermacchi tenait le haut du pavé dans l'industrie aéronautique italienne, grâce notamment à deux types particuliers, les MB-326 et MB-339. Mais un autre constructeur résistait fort bien également. Fondée durant la Première Guerre Mondiale, la SIAI-Marchetti avait connu de belles heures dans l'entre-deux-guerres et durant la Seconde Guerre Mondiale, avec les avions Savoia-Marchetti. Ayant survécu au conflit et à une faillite au début des années 1950, l'entreprise avait su se ménager des parts de marché après le conflit, proposant par exemple le SF-260, un avion d'entraînement propulsé par un moteur à hélice.

En 1976, la SIAI-Marchetti lança un nouveau programme d'études, sur fonds propres. Elle commença à concevoir un appareil léger, biplace, équipé d'un moteur à réaction, économique à l'usage et capable de mener des missions air-sol aussi bien que de formation. Il devait compléter le SF-260 et permettre à des forces aériennes désargentées de se procurer des avions de combat. Une des utilisations envisagées était la lutte antiguérilla, chose qui pouvait également intéresser certains pays. Présenté officiellement l'année suivante, le projet suscita un certain intérêt et décida l'entreprise à poursuivre. Le premier des trois prototypes (immatriculé I-SITF)décolla en 1981, et le premier client export, Singapour, se porta acquéreur deux années plus tard.

Le S-211 présente quelques ressemblances avec le MB-339, mais il est plus petit et plus trapu. Sa voilure est positionnée en position haute, et affecte une très légère flèche. Chaque aile est fixée en haut d'une excroissance abritant une entrée d'air semie-circulaire. La dérive est placée plus haut que la voilure, elle-même en position semie-haute. Cette voilure rendait le S-2111 très manoeuvrant. Le cockpit est allongé, et abrite un pilote et un instructeur, ce dernier occupant un siège légèrement surélevé. Chacun des membres d'équipages dispose d'un siège éjectable Martin-Baker. Le train d'atterrissage tricycle est entièrement rétractable et est assez solide. La motorisation est assurée par un unique moteur, un turbofan à double flux Pratt & Whitney, moins gourmand en carburant que la plupart des moteurs de l'époque. Mais la faible puissance délivrée par ce moteur, utilisé initialement par des jets d'affaires, ne rend pas le S-211 très performant, bien au contraire.

Limité à une vitesse de 660 km/h, montant en altitude beaucoup plus lentement que ses principaux concurrents, le S-211 payait les origines et les compromis réalisés durant sa conception. A sa décharge, il n'avait pas été conçu pour être le meilleur, mais pour offrir à des pays aux budgets militaires réduits un avion de combat valable. En cela, il répondait parfaitement aux objectifs de SIAI-Marchetti, même si la charge militaire transportable ne dépassait pas les 660 kg. Son autonomie respectable palliait partiellement cette faiblesse. L'avionique militaire était réduite. Le S-211 de base était dépourvu de radar, de HUD ou de systèmes de visée, mais on pouvait en intégrer à la demande du client. L'armement ne comportait donc aucune arme de précision : les charges généralement transportées comprenant des paniers lance-roquettes, des bombes légères ou des mitrailleuses montées en pods.

Ces faiblesses n'empêchèrent pas SIAI-Marchetti de vendre son nouveau produit. L'Italie n'avait pas été l'objectif des commerciaux du constructeur et ne manifesta pas d'intérêt particulier pour le S-211. Certaines de ses colonies y songèrent sérieusement, mais aucune ne signa d'accord de vente (la Somalie était plus particulièrement intéressée et avait envisagé l'achat de 6 exemplaires). En revanche, trois autres pays franchirent le pas. Le premier fut Singapour, qui possédait déjà une flotte de SF-260 et qui commanda 30 exemplaires (10 + 20 options), destinés à l'entraînement de ses équipages. 24 d'entre eux furent montés dans une usine singapourienne. Les derniers ne furent remplacés qu'en 2008, par des Pilatus PC-21 de fabrication suisse. Les Philippines achetèrent quand à eux 24 appareils, dont 15 furent également montés sur place. Une douzaine de S-211 philippins sont toujours en service, essentiellement au sein du 7th Tactical Fighter Squadron, basé à Basa. Quatre d'entre eux ont été entièrement révisés en 2006, par la société Aerotech Industries. Enfin, le dernier pays client fut Haïti. Le Corps Aérien Haïtien n'avait jamais possédé d'avions à réaction, et l'arrivée du S-211 marqua un tournant, même si ces appareils ne pouvaient pas sérieusement bouleversé l'équilibre des forces dans la région. Malheureusement, Haïti, handicapé par des contraintes financières, ne devait jamais vraiment pouvoir utiliser ses S-211. Livrés à l'été 1985, ils furent revendus cinq années plus tard. Deux d'entre eux furent envoyés à Singapour, pour remplacer des appareils perdus sur accident, et portant le total des appareils achetés par Singapour à 32.

A l'heure actuelle, seule la PhAF (Philippines) continue d'utiliser le S-211. Mais la plupart des appareils singapouriens furent revendus sur le marché civil. SIAI-Marchetti ne développa pas d'autres versions de son appareil, à l'exception du S-211A, avec l'aide de Grumman. Le S-211A fut proposé à l'US Air Force et à l'US Navy dans le cadre du programme JPATS (Joint Primary Aircraft Training System). Il comportait toute une série d'améliorations, dont un cinquième point d'emport et incorporait une certaine quantité de matériaux composites dans sa structure. Deux anciens appareils haïtiens furent modifiés dans ce sens, puis revendus sur le marché civil.

...

Caractéristiques :

Type : appareil d'entraînement avancé et d'attaque légère
Premier vol : 10 avril 1981
Entrée en service : 1984

Version : S-211

Motorisation : 1 turbofan Pratt & Whitney JT15D-4C, d'une puissance de 11,1 kN

Equipage : 2

Vitesse maximale : 667 km/h
Vitesse ascensionnelle : 1 280 m/mn
Plafond pratique : 12 200 m
Distance franchissable maximale (avec carburant externe) : 2 500 km
Rayon d'action (avec emport maximal de carburant interne) : 1 700 km

Masse à vide : 1 850 kg
Masse maximale au décollage : 2 750 kg

Envergure : 8,43 m
Hauteur : 3,8 m
Longueur : 9,31 m
Surface alaire : 12,6 mètres carrés

Armement :
- 4 points d'emport sous voilure ; charge maximale : 660 kg

Pays utilisateurs : Haïti, Philippines, Singapour

...

Sources :

- Encyclopédie des Armes, Atlas
- Air Fan numéro 328 ( mars 2006 ) ; article de Rogier Westerhuis, pages 10-21
- http://www.airforce-technology.com/projects/s211a/
- http://www.siai-marchetti.nl/s211pro.html
- http://en.wikipedia.org/wiki/Aermacchi_S-211

...

Photos :

- Vue de face
- S-211 civil sous cocardes états-uniennes
- Souvenir du Bourget 1985

Ah que je destroye tout ! Ou pas. :p

Sur AMN : Ciders, commandeur suprême, 10872 messages, inscrit le 02 septembre 2006, à 22 h 18
Messagepar Clansman » 24 Juillet 2010, 17:36
Son neveu n'est-il pas le M-311, et non le S-211 ?

Rang, sang, race et dieux n'entrent en rien dans le partage du vice... et de la vertu. (de Cape et de Crocs, tome 1).

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Messagepar ciders » 24 Juillet 2010, 17:40
Si, mais je voulais voir si quelqu'un suivait. Comment ça, pas crédible ? :bonnet:

Aermacchi a un site sympa, je pense donc pouvoir établir rapidement une fiche sur le M-311.

Ah que je destroye tout ! Ou pas. :p

Sur AMN : Ciders, commandeur suprême, 10872 messages, inscrit le 02 septembre 2006, à 22 h 18
Messagepar ciders » 24 Juillet 2010, 21:12
Chose promise, chose dûe. Voici l'évolution du S-211, le M-311. Oui, au niveau du nom, ils ne se sont pas foulés. :mrgreen:

...

L'industrie aéronautique italienne connut après la Seconde Guerre Mondiale un certain nombre de restruturations. En 1997, l'ancien constructeur SIAI-Marchetti fut ainsi racheté par la firme Aermacchi, cette dernière étant aujourd'hui incluse dans la division Alenia-Aermacchi du groupe italien Finmeccanica. Cette division récupéra ainsi plusieurs modèles déjà existants, dont le SF-260 et le S-211. Entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000, Alenia-Aermacchi s'était surtout concentrée sur le développement, d'abord avec puis sans le bureau d'études russe Yakovlev, d'un tout nouvel appareil d'entraînement avancé, baptisé M-346. A mesure que son développement progressait, les dirigeants de l'entreprise eurent l'idée de le compléter par un nouvel appareil d'entraînement de base, comme SIAI-Marchetti l'avait fait en son temps ( et en disposant d'abord d'un appareil d'entraînement de base ). Pour réduire les coûts de développement et tirer partie des plans déjà existants, notamment autour du S-211A, il fut décidé de lancer la conception d'un S-211 amélioré, rebaptisé M-311. Débutés en 2004, les études menèrent rapidement à un prototype ( en réalité, il semble que ce soit là un des deux S-211A utilisés dans le cadre du programme JPATS ). En mai 2008, Alenia-Aermacchi signa un accord de coopération commercial et technique avec Boeing, pour faciliter la vente du M-311.

Extérieurement, le M-311 ressemble nettement au S-211. Les dimensions des deux appareils sont d'ailleurs assez proches. Mais la ressemblance s'arrête là. La structure du M-311 a été renforcée, portant la durée de vie estimée de la cellule à 15 000 heures de vol. Si la majeure partie de la structure est faite de pièces métalliques, des élements en matériaux composites ont été intégrés. L'aérodynamique a été également retravaillée. Le train d'atterrissage a été modifié et lui aussi renforcé ( avec des amortisseurs oléo-pneumatiques ), et muni de freins hydrauliques plus efficaces. La motorisation a elle aussi bénéficié de l'attention des ingénieurs : le turbofan d'origine a été poussé à 14,19 kN ( 30 % de puissance supplémentaire ) et les entrées d'air ont été modifiées ( usage de matériaux composites ). L'entretien a été rendu plus facile par la création de nouvelles trappes pour la maintenance, ainsi que par la mise au point d'un système HUMS ( Health and Usage Monitoring System ) et l'installation d'un générateur autonome d'oxygène ( OBOGS ou On-Board Oxygen Generating System ). L'avionique n'est plus non plus ce qu'elle était : l'équipage dispose désormais de commandes HOTAS ( Hands on throttle and stick controls ), de HUD, de 3 écrans multi-fonctions pour le pilote et autant pour le second membre d'équipage, ainsi que de 2 ordinateurs de mission et de systèmes de guidage intertiel/GPS. De ce fait, les M-311 pourraient simuler des missions de guerre plus sophistiquées que celles réalisées par les S-211. Enfin, la capacité d'emport d'armement a été accrue par l'implantation d'un cinquième point d'emport, d'une capacité de 250 kilos ( souvent employé pour une mitrailleuse ou un pod de reconnaissance ) et le renforcement des 4 points déjà existants sous voilure. La charge utile maximale passe à 1 000 kg. Deux réservoirs auxiliaires d'une capacité unitaire de 270 litres peuvent également être montés sous la voilure.

Plus performant, plus discret ( des efforts ont été fait pour rendre le turbofan moins bruyant et moins polluant ) et plus économique, pourvu d'une avionique plus efficace et d'un armement potentiellement plus varié que son prédécesseur, le M-311 pourrait constituer un concurrent sérieux à l'export pour les autres appareils de son type, même si la plupart de ceux-ci sont propulsés par un moteur à hélice. Dans le but de le rendre plus attractif, Alenia-Aermacchi a signé plusieurs accords avec des constructeurs étrangers : en avril 2008, la firme chilienne ENAER s'est ainsi vu attribuer le droit de produire et d'entretenir les M-311 en Amérique du Sud. Mais pour l'heure, et malgré des essais a priori concluants menés aux Emirats Arabes Unis, en juillet 2007, aucun contrat n'a encore été signé. Le M-311 est certainement victime de la réduction des budgets militaires, mais aussi de la concurrence d'appareils tels que le M-346 ou le A-50 sud-coréen, plus gros mais aussi plus performants et plus polyvalents.

...

Caractéristiques :

Type : appareil d'entraînement de base
Premier vol : 1 juin 2005
Entrée en service : aucun appareil en service actif pour l'heure

Version : Alenia-Aermacchi M-311

Motorisation : 1 turbofan Pratt & Whitney JT15D-5C, d'une puissance de 14,19 kN

Equipage : 2

Vitesse maximale : 740 km/h
Vitesse ascensionnelle : 1 480 m/min
Plafond pratique : 12 190 m
Distance franchissable maximale ( avec deux réservoirs auxiliaires de 270 litres ) : 1 778 km
Rayon d'action : 1 370 km

Masse à vide : 2 300 kg
Masse maximale au décollage : 4 100 kg

Envergure : 8,47 m
Hauteur : 3,74 m
Longueur : 9,85 m
Surface alaire : 12,6 mètres carrés

Armement :
- 5 points d'emport ( 4 sous voilure, 1 ventral ) ; charge maximale : 1 000 kg

Pays utilisateurs : aucun

...

Sources :

- http://www.aermacchi.it/commercial/m-311
- http://www.airforce-technology.com/proj ... 11trainer/
- http://aviation-militaire.kazeo.com/Avi ... 47165.html

...

Photos :

- Vue sur le HUD
- Le noir lui va à ravir
-Le Bourget 2007

Notez qu'il s'agit à chaque fois du même appareil, anciennement immatriculé I-PATS.

Ah que je destroye tout ! Ou pas. :p

Sur AMN : Ciders, commandeur suprême, 10872 messages, inscrit le 02 septembre 2006, à 22 h 18
Messagepar michaeljordan » 10 Juillet 2013, 09:59
Mi-345 is a turbofan powered trainer aircraft which is also called Alenia Aermacchi. Mi-345 is a redesignation of M-311. Some of the specifications are listed below
Max speed of 740 km.h
Armament up to 1000 kg.

Image
More details can be found here
http://www.airforce-technology.com/projects/m-345-basic-advanced-jet-trainer/m-345-basic-advanced-jet-trainer2.html. :tomcat:

Edit Nico2

Messagepar Nico2 » 10 Juillet 2013, 18:16
Sorry pal, I cannot let you directly post the previous picture if you aren't the one who took it.

:S

¤ Nicolas

Sur AMN : Nico2, inscrit le 09 Jan 2006, 16:45

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Messagepar Jericho » 16 Juillet 2013, 11:29
Je trouve que lancer le M-345 HET, propulsé par un turboréacteur, pour concurencer les appareils turboprulsés comme les Tucano/Super-Tucano, T-6 TexanII et PC-7, est un pari risqué.
Surtout qu'il ne devrait être utilisé que pour la formation de base: le pays utilisateur devra également disposer d'un appareil pour l'entrainement avancé comme le M-346, le Hawk... ou le PC-21! :roll:

" J’ignore la nature des armes que l’on utilisera pour la troisième guerre mondiale. Mais pour la quatrième, on se battra à coup de pierres." A. Einstein

Une belle et bonne raclée comme on aime par ici!
Messagepar ouakamois » 24 Décembre 2018, 07:48
1er vol d'essai du petit frère M345HET
Il devrait remplacer le MB339 sous la dénomination T345A et devenir aussi l'avion de base des Frecce Tricolori
La prestigieuse International Flight School of the Italian Air Force, basée à Lecce (61st Wing of Galatina) accueille d'ailleurs en ce moment des élèves pilotes français et Kuwaiti

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